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  BIM bricolage  
   
 

Et si on faisait fièrement du BIM « Bricolage » ?

 
 

Préambule : D’abord un rappel de ce qu’est le BIM (Building Information Modelling) officiellement :

Le BIM est une façon de travailler venue du monde militaire américain des années 1980. Pour l’armée américaine, chaque pièce d’un char, d’un camion ou de tout autre matériel doit être modélisée en trois-dimensions pour former des « objets » auxquels on relie des informations alpha-numériques les concernant.

C’est donc ça le BIM, ni plus ni moins, sauf que pour que tous les intervenants qui travaillent sur un matériel (dans notre cas un bâtiment) puissent travailler de la même façon, et échanger des données on écrit un « protocole » pour encadrer et codifier la façon de faire.

Si on se réfère à notre manière de travailler en 2d dans le bâtiment, le « protocole » est un peu comme notre charte graphique que l’on créait pour nos fichiers « dwg », où on définissait par exemple, sur quel calque on mettait les choses, ou bien comment on les nommait etc.

Le « protocole » BIM est un peu plus poussé car avec le BIM on passe d’un mode de fonctionnement « représentatif » en 2d, à un mode « simulatif » en 3d, voir plus ; ainsi il est utile de définir :

1 – Les Objectifs – pourquoi, pour le projet en question, on fait du « BIM » ? - on définit donc en fonction de cela le niveau d’usage « NU » : 2d (vectoriel), 3d volumétrie surfacique, 4d planification, 5d coût, 6d réglementation, 7d ACV….

2 – La manière de faire du BIM ; il y a 3 niveaux d’organisation , en ordre inversé :

• iii – intégré, ce qui implique que TOUS les acteurs possèdent et utilisent le même univers logiciel pour modéliser et la seule et unique « maquette » numérique est sur une même « plate-forme » ou serveur sur lequel les intervenants doivent se connecter pour travailler.

• ii – fédéré – chacun des intervenants utilise son logiciel de modélisation, pourvu qu’il soit capable de générer un format de fichier qui s’appelle « ifc » (industry foundation class) qui servira d’échanges bi-, ou multi- directionnels coordonnés par le BIM manager.

• i– isolé - certains acteurs du projet (tous ou une partie) travaillent sur des maquettes numériques 3d mais les échanges ne sont pas bidirectionnels.

3 – Le ND (niveau de développement) pour chaque « phase » ou, jusqu’à quel niveau de détail physique et informationnel on va pour chaque objet et pour la phase, ce qui informe pour partie les « livrables » par phase.

Il y a deux grands systèmes pour codifier le ND (ou, en anglais LOD – level of development).

En France le syndicat des économistes (Syntec) a mis au point un système qui définit 6 niveaux de développement. - cf Guide du Moniteur

Dans le monde anglo-saxon est utilisé plutôt un système gradué de 100 à 500

4 – Le « Model Element Author »– ou, qui est responsable de quel objet.

5 – Et, comme pour la 2d, on peut définir des noms de calques, des couleurs etc.

6 - Par ailleurs, il est utile de définir le rôle et les tâches du « Bim manager » et le processus selon lequel celui-ci obtiendra que les intervenants atteignent leurs objectifs définis par le protocole. C’est le Bim Manager qui définit notamment avec quel « viewer » il va travailler pour regarder, rassembler, vérifier et annoter les fichiers « ifc » produits par les différents acteurs. Les autres doivent donc impérativement utiliser le même pour faire un contrôle en interne avant d’envoyer leur information au BIM manager.

Contexte :

C’est donc quoi cette idée de « Bim Bricolage » ?

L’idée est venue d’un constat pragmatique sur l’état des compétences des acteurs qui nous entourent et, sur les objectifs raisonnables que l’on pourrait se fixer dans le cadre des opérations sur lesquelles nous intervenons.

En effet, quand on est architecte rural ou semi-urbain qui travaille sur des projets de réhabilitation et de bâtiments neufs rarement dépassant les 3000m² on travaille surtout avec d’autres intervenants dont la taille de structure ne dépasse pas 20 personnes. Cela est vrai tant pour les BET que pour les entreprises.

Ces co-acteurs du projet sont pour beaucoup encore au début du commencement des prémices du BIM – déjà ouvrir un plan 2d en « dwg » n’est pas chose sure, alors la 3, 4, ou 5d...

Par ailleurs, nos MO, même institutionnels, ne sont pas encore équipés pour gérer leurs (futurs) bâtiments avec des logiciels de gestion sophistiqués.

Ainsi, on voit dans un tel contexte l’étendu du chemin à parcourir avant d’arriver aux sommets du BIM intégré avec un ND élevé et, en fin de parcours, un DOE électronique parfait et directement compatible avec les logiciels de gestion d’immeuble…

N’est il donc pas intéressant d’y aller progressivement ?

Notre (petite) expérience en la matière nous apporte un éclairage loin de l’effervescence et (fausses ?) promesses formulées sur les stands des grandes foires du bâtiment - Batimat, EcoBuild etc...

Ce que nous entrevoyons n’est pas non plus pessimiste ; malgré les craintes légitimes quant à la place des « petits » dans un monde de plus en plus formaté et « corporate », nos partenaires de projet sont curieux et entrevoient quelques uns des avantages du passage de la représentation à la simulation en amont d’un projet.

Commençons par le commencement : nous-mêmes architectes encore « indépendants » ou en petites grappes avons vu l’arrivé du BIM avec une certaine réticence, voir hostilité, surtout lié au coût d’investissement que cela semblait impliquer… Or, en réalité, sans le savoir, cela fait belle lurette que nous faisons du BIM, bien qu’en version « light » ou « bricolage ». En effet, cela fait une, voir deux décennies que nous modélisons en 3d et, ces dernières années de façon quasi-systématique. Depuis l’avènement de « Sketchup », nous avons un outil simple et intuitif, mais puissant qui nous permet de modéliser géométriquement à peu près tout ce qui peut sortir de notre imagination…

Malheureusement, jusque là le fruit de ce travail ne servait guère plus qu’à convaincre un MO de suivre telle ou telle voie et, plus loin dans le processus, à faire les images d’intégration dans le paysage de nos demandes de PC.

La communication avec nos partenaires de MOE et, ensuite avec les entreprises se faisaient de manière « classique » à travers des plans 2d et descriptifs, au mieux en « dwg » et « .doc » ou en « pdf », voir encore sur papier !

Depuis un an ou deux, nombre de nos co-acteurs en études commençait à s’intéresser à nos maquettes 3d, surtout pour pouvoir extraire des quantitatifs… Mais pour réaliser, on était encore contraint d’en sortir des plans 2d.

Ce n’est peut-être pas surprenant que dans notre entourage le premier corps d’état qui a commencé à faire une mutation vers la 3d, c’est celui des charpentiers ; c’est sûrement leur capacité naturelle à se projeter dans l’espace tridimensionnel qui en est le facteur déterminant. En tout état de cause, avec leurs BET ils se sont mis à « Cadworks » pour étudier leurs pièces de charpente / ossature et ensuite les tailler par machine pilotée par ordinateur… De ce fait, nos maquettes les intéressaient davantage, d’autant qu’avec l’arrivé de l’import/export de fichiers « ifc » dans nos logiciels respectifs, ils peuvent enfin récupérer nos informations, surtout spatiales, sans tout re-modéliser ! Et, on peut réinjecter leur travail dans le nôtre - on passe d’échanges à sens unique, donc du BIM « isolé » à du semi-federé.

Bien entendu, on est loin des sommets, mais c’est déjà une (petite) révolution pour ceux d’entre nous qui faisons beaucoup de projets en bois de pouvoir échanger ainsi avec le lot le plus crucial. Le fait que tous les éléments dans les maquettes du charpentier soient classés en « ifcBeam » (poutre) nous importe peu dans un premier temps ! L’étape cruciale suivante est de pouvoir vérifier les « conflits » spatiaux entre la charpente et les passages de fluides principaux… En attendant que nos BET et entreprises CVC s’y mettent, à partir de dessins 2d et croquis qu’il nous fournissent, nous pouvons modéliser les parcours à leur place (contre rémunération ?) et classer les objets en tant que « ifcFlowElement » au sein de Sketchup. Le contrôle de « conflits » peut donc très bien être fait en utilisant Tekla BIMsight ou autre « viewer » avec les export issus de « Sketchup » et « Cadworks » par exemple.

Bien évidemment, d’autres corps d’état vont pouvoir s’y mettre, ou nous sous-traiter la modélisation de leurs éléments, ce qui ne peut qu’améliorer notre capacité collective à anticiper les problèmes potentiels de construction !

Ainsi, nous restons maîtres d’œuvre à part entière, car c’est nous qui centralisons et faisons la synthèse… que ce soit en tant que MOE ou bien « BIM Manager », peu importe finalement.

A l’avenir, doit-on aller plus loin dans la démarche ? Sûrement, mais toujours en gardant un œil sur la finalité : mieux travailler ensemble, pour mieux construire en évitant au maximum des « conflits », spatiaux ou autres. Le processus ne devra jamais être une fin en soi… Nous ne sommes pas des « geek » mais bien des constructeurs.

Notre manière « Bricolage » de faire du BIM nous permettra peut-être également d’éviter les pièges du « corporate » ou du tout industriel. Nous restons libres de fabriquer nos propres ’composants’ du bâtiment en mettant l’accent sur l’aspect ’spatial’ de ces objets.

En restant raisonnables dans les niveaux de définition, tant géométriques qu’alpha-numériques, nous arriveront d’autant mieux à convaincre nos partenaires de projet de s’y mettre et de bien travailler… Est il réellement nécessaire de modéliser et d’étiqueter chaque collier et vanne ou prise électrique ? Pour résumer, dans la « BIM Bricolage » attitude, tout est question de mesure et de proportion ; on revient donc à l’essentiel de notre métier : l’architecture.

Toutefois, si nous ne voulons pas que l’on nous impose par méconnaissance, voir méchanceté, un « BIM lourd » inadapté et contre-productif, à nous de faire de la pédagogie. En effet, si aujourd’hui les MO publics peuvent nous imposer de « faire du BIM », rares sont ceux qui comprennent les nuances. Il y a beaucoup de fantasmes autour du sujet et, en voulant être « dans le vent » beaucoup essaieront une approche absolutiste sans mesurer les conséquences.

Notre proposition est qu’en répandant la « BIM Bricolage » attitude, tous les acteurs du bâtiment, quelque soit leur taille de structure, pourront y trouver goût et donc, place. Si l’on échoue, si on ne s’approprie pas le BIM à notre façon, pour tous les projets de petite ou moyenne taille on restera avec nos vieux outils et toutes les approximations et vexations qui vont avec. Ou, pire encore, les « gros » pour qui nous ne sommes plus les bienvenus de toute manière (car nous empêchons d’industrialiser jusqu’à la pensée) vont imposer leur modèle sans goût ni surprise !

Patrick Thomas – La Ferté Milon, le 14-6-16

 
     
   
     
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