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  Rythmes futurs  
  quelles architectures pour une autre voie face à la crise planétaire ?  
 

Fin du monde et utopies technicistes Vous êtes confortablement calé au fond de votre fauteuil, laissez-vous emporter…

 
 

La navette pénètre par un sas dans la sphère de verre, mini-planète dont le cœur est une ville concentrique avec ses ramifications de rues et d’avenues bordées de tours aux angles adoucis. La pesanteur artificielle est orientée vers le centre de la techno-planète, les tours s’élèvent en tous sens. Une bulle de verre reliée à la ville par un mince filet nerveux protège le cœur politico-militaire. Dans cette ville perdue dans l’espace (u-topique), la nature a disparu, tout est technique, tout est humain. Le vide hostile enserre le micro-monde, nulle échappée possible. A l’intérieur, une autorité protectrice assure une douce sécurité à ses dociles habitants.

L’univers de demain imaginé par la science-fiction des films récents [1] laisse peu de place à la nature réconfortante et la liberté se paie par la pénétration dans une nature détruite, polluée et dangereuse. Les architectures y sont fluides, enveloppantes, lumineuses et confortables dans la ville maîtrisée mais elles deviennent des ruines, décharnées, closes et militarisées à proximité du dehors non civilisé. Ces images reflètent un monde techno-industriel dont l’avidité a épuisé les ressources naturelles : notre monde projeté dans une impasse.

Comment lire ces utopies et uchronies sinon comme l’imaginaire d’une possible dérive de nos sociétés vers de nouvelles formes d’autoritarisme, un autoritarisme technicisé. Elles sont construites sur le mythe de l’apocalypse, la fin du monde annoncée dont quelques-uns seront sauvés grâce à l’autorité, la règle et la hiérarchie. Elles traduisent l’aporie d’un système dont le moteur emballé n’a plus de frein.

Mais alors, quelles utopies concrètes leur opposer ? En quels lieux et en quelles temporalités ?

Impasses techniques et conscience planétaire

Alors que notre époque est marquée par un réchauffement global, par un bouleversement des éco-systèmes et des ressources provoqués par les activités humaines, elle est aussi impactée par des conflits planétaires sans fin. La tâche semble insurmontable, les solutions semblent inaccessibles tant un changement de paradigme est nécessaire. Peut-on encore espérer que la solution viendra de la technologie, qu’il suffira de trouver les procédés techniques pour pallier les défauts et continuer comme toujours sans rien changer ? Le salut par la seule technique a fait long feu.

Les progrès techniques considérables du siècle dernier ont pu apporter à certains, confort et prospérité. Les développements de ce siècle semblent effacer les frontières par la communication. La construction de bâtiments aidée par des logiciels et des moyens toujours plus grands peut prendre toute sorte de formes dans des dimensions dépassant toutes les échelles précédentes. Le bonheur par le progrès technique est une vieille promesse, et pourtant…

Ces mégalo-techniques au service d’un système financier qui s’auto-alimente ont pour sœurs la guerre et la domination. Les matériaux nécessaires aux techniques des dominants sont extraits sous la contrainte. Acculés par la Dette, les pays dominés cèdent leurs richesses sans que soit évoquée une dette écologique envers eux [2] . L’extraction et les déplacements de matériaux ainsi que les pollutions provoquées par le développement industriel ont marqué l’entrée dans l’Anthropocène [3] qui est l’ère de l’impact irréversible des activités humaines sur la Terre, ses ressources géologiques et maritimes, ses climats et la diversité biologique. Cet impact s’est accentué avec l’augmentation des moyens de production et la mondialisation. La réponse technique qui est donnée au dérèglement climatique est un verdissement de procédés qui restent similaires : toujours plus de techniques pour masquer l’absurdité d’un système générateur d’inégalités, de conflits et de destruction de l’environnement.

Et pourtant... les progrès de la communication accompagnent ou suivent une conscience planétaire qui a comme corollaire l’unité de l’humanité et la compréhension de la fragilité de l’écosystème terrestre. Entretenue par l’empathie, cette conscience nouvelle permet des rencontres des cultures, dans le respect et l’écoute. Les changements qui réduiront notre impact sur la Terre-mère seront donc à la fois politiques et personnels (et secondairement techniques) à l’échelle des macro-sociétés comme à l’échelle intime. Une nouvelle éthique est déjà née et produit des effets durables en différents lieux, des expériences qui montrent qu’un autre paradigme peut remplacer celui de la technique aveugle au service de l’économie industrielle et de la finance [4].

Pour répondre aux enjeux de notre époque et bousculer le paradigme actuel, notre façon d’habiter la Terre, d’habiter tout court, évolue au travers de nouveaux lieux, loin des utopies uchroniques, des lieux ancrés dans l’espace et le temps. Une approche holistique et humaniste peut ainsi être appliquée à l’architecture sur la base de quelques principes : 1 - l’homme dans la nature et la nature dans l’homme, 2 - la sobriété heureuse, 3 - l’économie de la solidarité, 4 - la biodiversité humaine, 5 - l’universalité des droits et l’équité.

L’homme dans la nature et la nature dans l’homme

A travers cette réciprocité apparaît une nouvelle relation à la nature comme ensemble vivant auquel est intégré l’être humain. La vision anthropocentrée dominante laisse ainsi place à une vision écocentrée dans laquelle l’homme est un élément d’un ensemble plus vaste et qui le dépasse [5].

Les éléments d’architecture peuvent être redessinés selon ce prisme : le mur, le passage, l’espace fonctionnel, etc. Le mur dans son rôle protecteur est appelé à s’effacer. Les murs-frontières tels qu’ils sont érigés, tant autour de nos pays riches que de nos pavillons de banlieue expriment la peur, l’enfermement et la haine qui en résulte [6]. Dans l’idéal de la symbiose avec la nature mais aussi de l’ouverture à l’autre, ces murs opaques deviennent diaphanes ou s’effacent totalement. Ils s’incurvent pour accompagner la pénétration de l’extérieur dans l’intérieur, ils filtrent ou métamorphosent la lumière ou bien s’effacent pour permettre la proximité avec la nature.

A l’échelle de l’urbanisme et du paysage, l’inter-relation ne peut pas être seulement utilitaire. Le lien direct avec la nature est un besoin et un droit fondamental que les villes devront préserver. La nature sauvage y retrouvera sa place même si la ville doit aussi apporter la sécurité face aux cataclysmes, en particulier pour les plus pauvres. Lutter contre le changement climatique et ses effets tout en rapprochant les habitants de la nature induit des frontières moins fermées voire effacées et des passages fluides et progressifs [7].

Quant aux espaces fonctionnels, l’attribution mono-fonctionnelle disparaît progressivement au profit d’espaces pluri-fonctionnels mêlant travail et loisirs, habitat et services mais aussi ville et agriculture ou encore espace sauvage et cœur urbain. Une révolution s’opère dans ce domaine pour retrouver une mixité de fonction comme une mixité du temps qui peut mêler travail et plaisir [8]. Ces nouvelles formes d’urbanisme, de paysage et d’architecture contribuent à réinscrire l’homme dans son environnement naturel.

Sobriété heureuse

La folie consumériste qui saisit les individus des sociétés capitalistes génère des besoins inassouvissables, l’insatisfaction étant le moteur de la consommation. Une consommation soft ou l’économie circulaire est une réponse nécessaire mais pas suffisante si elle ne s’accompagne d’un autre regard éthique. « Rien de trop » et « la recherche du bonheur dans les plaisirs simples » sont des principes philosophiques antiques, ils sont encore d’actualité face à la crise de civilisation [9].

La culture du déchet qui accompagne la culture de la surconsommation, du jetable et de l’obsolescence programmée est la cause de l’accumulation de matériaux transformés non compostables qui modifient les chaînes biologiques. En tout point du globe, s’accumulent ainsi ces restes d’un plaisir éphémère de consommation. Une rupture est nécessaire pour favoriser le réemploi ou le recyclage, développer les matériaux compostables et préserver les ressources naturelles.

L’architecture et l’urbanisme sont une des expressions des aspirations individualistes à la consommation. De l’étalement urbain à l’augmentation continue des appareils ménagers, la création des espaces de vie est un des principaux postes de gaspillage d’énergies et de matériaux. Durant tout le cycle de vie d’une construction, le processus de fabrication peut successivement être la cause de : - la destruction de forêts équatoriales, - le déplacement de matières premières sur le globe, - l’inégalité des rapports humains, - la consommation de sources d’énergies non renouvelables, - la production de déchets dangereux, - les maladies dans l’espace de vie, etc.

La conception architecturale doit donc évoluer dans son processus de génération en suivant quelques principes d’humanisme holistique pour considérer le bâtiment et la ville comme de petits écosystèmes dans des écosystèmes plus vastes : - limiter la consommation d’espaces - préserver des espaces de nature sauvage - développer les techniques locales avec des matières premières renouvelables et saines - favoriser une économie solidaire - limiter toutes les consommations d’énergies - concevoir des espaces de vie favorables à la santé.

Economie de la solidarité

L’état de crise précède le changement, mais les crises (ou récessions) économiques sont un effet régulier des économies capitalistes. Peut-on encore parler de crise lorsqu’il s’agit d’une instabilité entretenue ? La guerre permanente qui se joue entre les grands Etats pour la maîtrise des ressources provoque déplacements de population, famines, conflits, chômage... autant de crises individuelles et collectives qui ne trouvent pas de remèdes durables. A l’économie de la compétition qui est le moteur des économies industrialo-financières, une économie de la solidarité peut apporter des réponses locales, en attendant une refonte des rapports planétaires qui permettrait une application globale.

Une nouvelle architecture naît de cette approche, elle puise ses racines dans des économies traditionnelles basées sur l’emploi local de ressources avec l’impératif de la répartition équilibrée des richesses produites. En construction, la solidité est un impératif technique ; en architecture, la solidarité est une nécessité sociologique. D’une part, l’architecture est toujours une œuvre collective qui regroupe des compétences diverses autour d’un projet commun [10] ; d’autre part, elle abrite des usages qui participent à un projet de société. Cela n’induit pas directement que les processus et les usages aient pour fondement des relations équitables mais cela induit des relations de dépendance entre tous les participants dans une totalité (in solidum). En renforçant donc chacun dans le processus de création et de devenir de l’architecture, en replaçant notamment la maîtrise d’usage au cœur de la production mais aussi en formant chaque oeuvrier [11] à la connaissance de l’ouvrage fini ou encore en réintroduisant une dimension festive, l’architecture participe au développement d’une économie solidaire.

La biodiversité humaine

Les activités humaines développées depuis l’ère industrielle (Anthropocène) et particulièrement les usages artificiels des sols avec l’extension de l’écoumène [12] au détriment des espaces sauvages, ont eu comme impact la réduction de la biodiversité. Cela a provoqué dans certaines régions, des atteintes irréversibles aux équilibres écologiques : assèchement des sols, perte de pollinisation, conquête des flores sauvages par des organismes modifiés, pollution persistante des eaux de surfaces et de profondeur, etc. Conjointement sous les effets de la colonisation puis de la mondialisation économique, des cultures humaines ont disparu ou ont été fortement altérées, les cultures occidentales dominantes ont imposé leur vision du monde. La tendance à l’uniformité des procédés et à l’universalité des formes architecturales illustre ce processus.

Des voies sont pourtant ouvertes pour préserver et affirmer les caractères propres de chaque pays, région ou culture au travers de l’architecture, du paysage et de l’urbanisme : l’adaptation au climat, l’emploi de techniques traditionnelles locales (avec la terre et le bois notamment), un langage formel spécifique, une agriculture adaptée, etc… L’architecture située qui émane de ces démarches reflète aussi la diversité des cosmogonies et des relations à la nature, comme elle illustre la diversité des langues.

L’universalité des droits humains et l’équité

L’universalité des droits et le respect des besoins fondamentaux de l’être humain sont inscrits dans la charte des Nations Unies, mais leur application est un combat permanent. Les acquis sont sans cesse remis en cause et les plus pauvres sont les premières victimes des conflits comme des catastrophes naturelles. Parmi les besoins fondamentaux, l’accès pour tous à un logement décent qui permette l’épanouissement personnel et familial doit s’inscrire comme l’impératif d’une architecture et d’un urbanisme responsables. Ce projet est porté par nombre d’associations qui pallient le désengagement des gouvernements, il devrait être étendu à tout projet de politique durable.

Le développement technologique est en lui-même générateur d’inégalités car il n’entre pas dans une vocation universelle, mais sert la volonté de puissance. Le “transhumanisme“ par exemple, est la traduction d’une fracture entre une humanité assistée par la technologie et une sous-humanité qui n’y a pas accès. La technologie ainsi détachée d’un projet commun déshumanise, elle divise alors qu’elle devrait être au service d’un progrès humain. Opposées à cette dérive, les solutions à technologie douce (low tech) pourraient être privilégiées dans les projets d’architecture.

« the end... »

Nous voilà bien redescendus sur Terre, loin des bulles spatiales et des villes ordonnées. Les utopies concrètes qui vont dans le sens d’un développement humain (et non plus économique et financier) sont donc tout à la fois coopératives, culturelles, situées, proches de la nature, sobres et conviviales. Les architectures de cet idéal humaniste sont (ou seront) donc une application de tout cela à la fois : des espaces qui permettent l’épanouissement de nouvelles activités humaines dans un processus de création et de fabrication qui participe à ce projet social.

  • 1- la série « Divergente », « Hunger games » et les nouveaux « Star Trek », cf d’Alain Damasio La zone du dehors éd. Folio SF
  • 2- proposition que l’on retrouve notamment dans l’encyclique du pape François consacré à la crise écologique Laudato Si
  • 3- Anthropocène : ère géologique caractérisée par l’impact des activités humaines, terme popularisé par Paul Crutzen en 1995, cf Christophe Bonneuil, Jean-Baptiste Fressoz, L’Évènement Anthropocène : La Terre, l’histoire et nous, Seuil
  • 4- lire à ce sujet les observations critiques et les propositions pour l’avenir de l’humanité d’Edgar Morin, La Voie éd. Fayard, notamment sur la ville p.191 et suiv.
  • 5- la vision dualiste occidentale si elle est dominante n’est pas unique, lire à ce sujet Philippe Descola Par-delà nature et culture, éd. Gallimard
  • 6- la chute des murs du pavillon allemand à la biennale de Venise en 2015 illustre ainsi l’accueil des réfugiés
  • 7- la question de la frontière est aussi un sujet d’éthique politique qui implique l’universalité des droits et l’équité
  • 8- la permaculture, méthode d’agriculture, a aussi des applications dans d’autres domaines : plusieurs fonctions pour un lieu, plusieurs lieux pour une fonction, etc.
  • 9- la philosophie pratique d’Epicure trouve un prolongement actuel dans des approches telles que celles de Pierre Rabhi, Vers la sobriété heureuse, éd. Actes Sud
  • 10- tout objet industriel est le produit d’une chaîne d’acteurs qui souvent s’ignorent. Aucun échange commercial n’existerait sans cette inter-dépendance des acteurs. La coopération est possible quand ces acteurs se rencontrent, par exemple dans les échanges de commerce équitable.
  • 11- l’ouvrier comme participant à la réalisation d’un vaste ouvrage devient oeuvrier s’il est conscient de l’effet de son action, il dépasse alors le rôle de simple exécutant.
  • 12- écoumène : totalité du milieu anthropisé, opposé à érème : l’espace inhabité, cf Augustin Berque, Le sauvage et l’artifice, les japonais devant la nature éd. Gallimard et autres ouvrages du même auteur
 
     
   
     
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